Maladie d’Alzheimer
Définition et description. Que se passe-t-il au niveau de l’organisme?
L’Alzheimer est une maladie qui affecte, de façon progressive et dégénérative, les cellules du cerveau. La cause exacte est encore méconnue, mais deux protéines sont suspectées. La première protéine forme des plaques d’amyloïdes qui empêchent la transmission de l’information. La seconde protéine se torsade et finit par former un enchevêtrement qui bloque l’apport nutritif aux cellules cérébrales. Ce qui provoque la mort d’une partie des tissus cérébraux. Plusieurs régions du cerveau peuvent être affectées et correspondent à des détériorations précises de la qualité de vie de la personne atteinte. Il ne s’agit pas seulement de la mémoire, mais également de la capacité de réflexion, de la résolution de problèmes, des émotions, de l’humeur, du comportement, du langage, de la mobilité et de la coordination.
La maladie d’Alzheimer affectera donc un jour ou l’autre tous les aspects de la vie d’une personne : sa manière de penser, de ressentir et d’agir.
Prévalence
La prévalence augmente considérablement avec l'âge. Environ 5 % des personnes âgées de 65 à 74 ans sont atteintes de la maladie d'Alzheimer, tandis que ce chiffre peut monter jusqu'à 30 % chez les personnes de 85 ans et plus.
Bien que rare, il existe des cas de forme précoce de la maladie d'Alzheimer, qui commence avant l'âge de 65 ans. Cette forme représente environ 5 à 10 % des cas de la maladie d'Alzheimer.
Les femmes sont plus souvent touchées que les hommes. Environ deux tiers des personnes atteintes de la maladie sont des femmes. Cette différence peut être liée à la plus grande longévité des femmes.
Facteurs de risque
L’âge avancé, la prédisposition génétique, les troubles cardiovasculaires, le stress chronique, les toxines environnementales sont tous des facteurs de risques.
Évolution de la maladie
Il y a des stades qui peuvent être évalués. C’est pour cela qu’on parle de progression, mais chaque personne est affectée différemment. Alors il est difficile de prévoir l’ordre dans lequel les symptômes se manifesteront ou leur vitesse de progression.
Il est en revanche intéressant de comprendre comment fonctionnent les différentes zones du cerveau pour mieux accompagner la personne atteinte de cette maladie. C’est un défi immense pour les proches aidants de trouver un sens aux changements qui s’opèrent chez la personne, car ces changements peuvent devenir autant d’irritants s’ils ne sont pas bien saisis.
On connait le système limbique, impliqué dans les émotions, mais c’est aussi lui qui relie tous les lobes et régions du cerveau. Il est l’un des premiers affectés par la maladie d’Alzheimer.
Si ce système est atteint, la personne peut devenir méfiante, irritable, dépressive ou anxieuse, en plus de chercher les objets.
La détérioration du lobe frontal correspond à la phase d’apathie car c’est lui qui nous permet de planifier et d’organiser nos actions. Il contrôle également notre jugement social. C’est grâce à lui si on sait quel comportement est approprié dans une situation donnée; il interprète aussi les sentiments des autres autour. La détérioration de ce lobe entraîne une détérioration des relations de la personne en société.
Dans cette phase, la personne atteinte semble « perdue » et avec raison. Elle peut délaisser une activité ou la répéter sans cesse.
La zone de l’hippocampe est la zone où deux facettes de la mémoire sont traitées : la mémoire visuelle (reconnaissance des objets, des visages et des endroits pour nous orienter dans l’environnement) et la mémoire verbale (les mots, les souvenirs de ce qu’on a lu, dit ou entendu).
Une simple phrase ou un objet familier peut susciter, dans cette étape, beaucoup de frustration ou de détresse chez la personne car elle n’arrive plus à comprendre certains mots ou certains gestes pourtant banals. Quoi faire avec un épluche patate? Que veut dire « prendre une tisane »,
Dans le quotidien ça signifie, pour les personnes qui accompagne, que notre présence est nécessaire en chaque circonstance. La personne atteinte peut, par exemple, ne plus savoir à quoi sert du papier de toilette.
Le lobe pariétal quant à lui, nous aide à classer les activités dans le bon ordre; comment s’habiller ou mettre en marche une voiture, faire fonctionner un micro-onde, etc. À ce stade, la personne peut être complètement réveillée en pleine nuit et dormir très souvent dans le jour. Tous ses repères sont chamboulés.
Traitements
La plupart des familles qui entourent la personne atteinte se tournent vers la médication conventionnelle qui visent principalement à atténuer les symptômes et à ralentir la progression de la maladie. Ces médicaments augmentent les niveaux d'acétylcholine, un neurotransmetteur important pour la mémoire et l'apprentissage. Ils sont souvent utilisés pour traiter les symptômes légers à modérés de la maladie d'Alzheimer.
Quelques rares cas, non répertoriés pour le moment, utilisent uniquement les approches non-conventionnelles : nutrithérapie, phytothérapie, acupuncture, hypnose, etc.
Dans ces cas, la personne doit être accompagnées et c’est là la difficulté de mise en œuvre de ce plan de soutien. Car à partir du moment où la famille/conjoint ne peut plus s’occuper de la personne atteinte, cette personne sera placée sous l’autorité d’un système qui ne coopère pas toujours avec les approches naturelles.
Approche en nutrithérapie
La maladie d’Alzheimer est associée à un faible taux d’acétylcholine en raison des dommages subis par les neurones qui la produisent.
L’acétylcholine est fabriquée à partir de la choline, un phospholipide.
Une recherche menée à l’université d’État de l’Arizona décrit des pathologies chez des souris normales privées de choline alimentaire et des souris transgéniques déficientes en choline. Dans les deux cas, la carence en choline alimentaire entraîne des lésions hépatiques, une hypertrophie cardiaque et des altérations neurologiques typiques de la maladie d’Alzheimer.
La choline réduit les niveaux d’homocystéine, un acide aminé toxique pour les neurones et favorisant la neurodégénérescence. La choline elle-même peut être soit puisée dans l’alimentation soit fabriquée à partir d’un autre composé, le DMAE (diméthylaminoéthanol).
Le DMAE se transforme en choline sous l’action de la méthionine. Puis la choline donne de l’acétylcholine sous l’action d’une enzyme : l’acétylcholine transférase (ACT). Cette enzyme dérive elle-même de la vitamine B5 sous l’action de l’acétyl-L carnitine (ALC).
On peut donc améliorer nos taux d’acétylcholine en optimisant l’apport en chacune de ces substances via l’alimentation ou la prise de compléments alimentaires.
Pour Max Lugavere, auteur de La nutrition du cerveau, "L’alimentation contribue à la qualité du système cholinergique. La choline est le principal précurseur alimentaire de l’acétylcholine et toute modification de son taux plasmatique induit des modifications du taux des précurseurs de ce neurotransmetteur dans le cerveau. La choline est en outre un composant essentiel des membranes cellulaires où elle est stockée en vue d’une utilisation ultérieure. On la trouve en abondance dans la volaille et dans les produits de la mer, mais les œufs restent sans doute la meilleure source, avec environ 125 mg dans le jaune d’un gros œuf."
Aliments les plus riches en choline :
· Œuf,
· Foie, Bœuf, Poulet
· Crevettes, Cabillaud ou morue, Saumon
· Brocolis, Choux de Bruxelles, Épinards.
Le lien entre l’intestin et le cerveau, via l’axe intestin-cerveau, joue un rôle crucial dans l’inflammation et la santé cognitive :
Probiotiques et prébiotiques : Certaines souches comme Bifidobacterium longum ou Lactobacillus plantarum ont montré des effets sur l'amélioration de la cognition.
Le type d’alimentation aura aussi un impact important :
Régime méditerranéen : Connu pour favoriser un microbiote diversifié, ce régime est riche en fibres, acides gras oméga-3 (hareng, sardines, anchois) et polyphénols.
Approche en phytothérapie
Les plantes ont une place de choix dans cette pathologie si on prend en considération la médication et ses interactions. Les deux médecines doivent pourvoir cohabiter.
Le choix des plantes sera tourné vers les propriétés suivantes : adaptogène, trophorestaurateur des cellules nerveuses et cérébrales, antioxydant, nervin tonique.
Les adaptogènes suivantes préviennent l’atrophie des cellules nerveuses cérébrales :ashwagandha, ginseng asiatique (homme seulement), rhaponticum.
Les adaptogènes suivantes améliorent les fonctions cérébrales et la clarté mentale : ginseng américain, ashwagandha, codonopsis, ginseng sibérien et asiatique, guduchi, raponticum, rhodiola et schisandra.
D’autres plantes améliorent les fonctions cérébrales et contribuent à soutenir les conditions de déficience du système nerveux :
Les nervins toniques. À prendre, au choix, en complément des plantes adaptogènes : bacopa (ralenti la progression de l’Alzheimer), bhringaraj, ginkgo (si pas de médicament), gotu kola, lavande, romarin, pivoine blanche et yuan zhi (Polygala tenuifolia).
Le Bacopa a des propriétés neuroprotectrices et nootropiques (améliorant les fonctions cognitives). Il est riche en composés bioactifs, notamment les bacosides, qui possèdent de puissantes propriétés antioxydantes. Ces composés aident à neutraliser les radicaux libres et à prévenir le stress oxydatif, un facteur clé dans la progression de la maladie d'Alzheimer.
LeBacopa favorise la réparation et la régénération des neurones, contribuant à limiter les dommages causés par l'accumulation de plaques amyloïdes (caractéristique de la maladie d'Alzheimer).
Les études montrent que Bacopa peut améliorer la mémoire, l'attention et la vitesse de traitement de l'information, ce qui peut être bénéfique pour les personnes en phase précoce de déclin cognitif.
Ilinfluence les niveaux d'acétylcholine et ses propriétés anti-inflammatoires peuvent aider à réduire l'inflammation cérébrale associée à la neurodégénérescence. Bref le bacopa, s’il est bien toléré, est une plante de choix pour cette pathologie.
Effets secondaires : Bien qu’il soit généralement bien toléré, certains peuvent ressentir des troubles digestifs, de la fatigue ou des nausées.
Le ginkgo a fait ses preuves comme antioxydant pour retarder le vieillissement et protéger les neurones, alors si la personne ne prend pas de médicaments, j’opterais pour cette plante sans hésitation. Le ginkgo augmente la synthèse de dopamine. Il normalise les récepteurs de l'acétylcholine dans l’hippocampe et stimule la décharge des neurotransmetteurs dans les synapses. Il augmente la circulation sanguine au cerveau.
Les trophorestauratrices des cellules nerveuses: avoine fleurie et scutellaire.
Les antioxydants : reshi, astragale, baies de sureau, baies d’aubépine, graines de chardon-marie, cayenne, curcuma, ginkgo et bien sûr tous les petits fruits de couleur foncé.
Le choix des plantes sera défini par la nature de la personne, sa sensibilité et sa condition médicale. La forme (tisane, capsules, teinture-mères, etc.) sera choisie selon le goût du client, la forme disponible ou encore l’extraction souhaitée. La posologie, quant à elle, sera déterminée par le poids corporel, la capacité d’absorption et/ou la sensibilité aux substances, de la personne (est-elle réactive à tout ce qu’elle prend ou au contraire est-elle habitué aux doses de cheval?). Une attention particulière sera apportée aux contre-indications et aux interactions avec les médicaments, selon les plantes choisies.
Exemple de soutien : femme de 69 ans, 119 lb, 5’4’’ au début de la maladie
Tant que la personne est accompagnée et dans son mieux, il est possible de donner des plantes.
Revoir la diète (en incluant des aliments riches en choline et en antioxydants)
Suppléer en nutriment (voir approche en nutrithérapie)
Capsule : bacopa -1 capsules (200mg) 2 fois par jour entre les repas (ou ginkgo -voir plus bas)
Infusion : avoine fleurie (1 c. à soupe rase) et baies de sureau (1 c. à thé rase) par tasse d’eau : boire tout au long de la journée, à petite gorgée. 2 tasses par jour.
TM (teinture-mère) : ginseng américain (5 ml), ashwagandha (20 ml), rhodiola (20 ml), gotu kola (5 ml): prendre 1 compte-gouttes de ce mélange 3 fois par jour avant les repas.
Attention #1 : chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, l’agitation est un symptôme de perturbation émotionnelle. Il est important de distinguer l’agitation émotionnelle de l’agitation causée possiblement par les plantes stimulantes ou à contre-indication. Si vous doutez que le ginseng américain ou le gotu kola peut être en cause, arrêtez le mélange et observer. Le reprendre après 3-4 jours. Les signes sont légèrement différents de l’agitation émotionnelle puisque ceux-ci sont souvent négatifs, alors qu’avec les plantes ils seront probablement positifs (envie de bouger, danser, aller marcher, parler, etc.). On peut aussi diminuer la dose.
Attention #2 : le rhodiola pourrait faire remonter un passé de bipolarité ou de manies. S’assurer qu’un tel passé n’est pas présent avant de donner le mélange (ou remplacer par une autre adaptogène)
Autres approches concluantes
Tout d’abord, l’approche comportementale des personnes accompagnantes va faire toute la différence. L’accompagnant peut opter pour un comportement axer sur le plaisir et le jeu au lieu d’appuyer sur la notion de temps et de souvenirs. Exemple : Au lieu de reprendre la personne qui se trompe de nom ou de date (déclenchement de l’insécurité, frustration), l’accompagnant peut mettre l’emphase sur le moment présent et l’émotion positive (compliments sincères, reflets, observations objectives précises (OOP), exercices doux, musique, danse ou autre passion de la personne, etc.). Cela renforcera le sentiment de sécurité donc de bien-être. De diminuer ainsi les moments de confusion, préserve la mémoire à court et moyen terme.
Stimulation cognitive et neuroplasticité
Thérapies cognitives : Exercices visant à stimuler la mémoire, l’attention, et la résolution de problèmes, parfois sous forme de jeux ou d’applications numériques (connaissant l’impact de la consommation des écrans et des jeux, vaut mieux utiliser ces outils au début de la maladie et en limiter le temps (Lumosity ou CogniFit).
Entraînement multisensoriel : Intégration de stimulations auditives, visuelles, tactiles et olfactives pour renforcer les connexions neuronales.
Apprentissage continu : Encourager des activités comme l'apprentissage d'une nouvelle langue, la pratique d'un instrument ou d'autres activités intellectuelles.
Approches physiques et sensorielles
Exercice physique : L'activité physique régulière, en particulier les exercices aérobiques (marche, natation, danse), améliore la circulation sanguine cérébrale, réduit l’inflammation et stimule la production de facteurs neurotrophiques comme le BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor) impliqué dans la survie des neurones existants.
Stimulation transcrânienne par courant direct (TDCS)ou stimulation magnétique transcrânienne (TMS) : Ces technologies non invasives utilisent des courants électriques ou magnétiques pour améliorer l'activité cérébrale et la plasticité neuronale. Encore au stade expérimental. On peut trouver plus d’infos en ligne sur le site de Neurothérapie Montréal.
Thérapies basées sur la lumière et la musique :
Lumière pulsée à 40 Hz (Gamma Frequency Light Therapy) : Des études préliminaires suggèrent que cette fréquence pourrait réduire les plaques amyloïdes en stimulant les ondes cérébrales gamma.
Musicothérapie : L’écoute ou la pratique musicale peut raviver des souvenirs et améliorer l’humeur chez les patients.
Gestion du stress et des émotions
Méditation et pleine conscience
Thérapie par l’art ou l’expression créative
Interactions sociales : Maintenir une vie sociale active aide à prévenir l'isolement et soutient la santé cérébrale.
Approches métaboliques et énergétiques
L'oxygénothérapie hyperbare pourrait améliorer l'oxygénation des tissus cérébraux et réduire l'inflammation.
Des études suggèrent que le jeûne intermittent peut stimuler l'autophagie, un processus de nettoyage cellulaire bénéfique pour le cerveau.
Approches énergétiques
Qi Gong et Tai Chi : Ces pratiques chinoises anciennes combinent mouvement, respiration et méditation pour favoriser la circulation énergétique et améliorer la santé cognitive.
Acupuncture : Bien que les données soient limitées, l'acupuncture pourrait réduire les symptômes d'anxiété et améliorer la circulation énergétique, bénéfique pour le cerveau.
Thérapies basées sur la nature
Hortithérapie : Le jardinage ou le contact avec la nature peut réduire le stress et stimuler les sens.
Zoothérapie : L’interaction avec des animaux (chien, chat, ou même chevaux) améliore souvent l’humeur, réduit l’anxiété, et stimule l'activité mentale.
Shinrin Yoku ou « bain de forêt », apporte des bienfaits aux personnes atteintes d’Alzheimer :
Les bienfaits du Shinrin-Yoku pour la santé cognitive :
Réduction du stress et de l’anxiété
Amélioration des fonctions cognitives
Réduction de l'inflammation
Augmentation de l'activité parasympathique
Amélioration de la variabilité de la fréquence cardiaque
Augmentation des facteurs neurotrophiques
Réduction de l'anxiété et de la dépression
Amélioration de l'apport en oxygène
Résonance avec les rythmes naturels : Le Shinrin-Yoku synchronise le corps avec les cycles naturels de lumière et de son, améliorant la régulation circadienne, importante pour les personnes atteintes de troubles du sommeil liés à Alzheimer.
Pour maximiser les bienfaits du Shinrin-Yoku dans le cadre d'une prévention ou d'un accompagnement de la maladie d'Alzheimer :
Durée optimale : Passer 2 à 4 heures en forêt, une fois par semaine.
Cadre idéal : Privilégier des environnements riches en conifères, feuillus ou zones humides, qui libèrent davantage de phytoncides.
Interprétation métaphysique et émotionnelle de la maladie d’Alzheimer
Cette approche invite à considérer la maladie comme un message du corps et de l’inconscient. Elle offre un regard alternatif et personnel sur le sens que l’on peut donner à la maladie. Cette approche ne remplace en aucune façon l’accompagnement médical, thérapeutique et psychologique nécessaire. Elle constitue plutôt une lecture symbolique; un complément philosophique ou spirituel, qui peut aider certains individus à donner un sens différent à la maladie et au parcours de vie des personnes qui en sont atteintes.
Une difficulté à faire face à la réalité présente :
La personne atteinte d’Alzheimer semble s’éloigner progressivement du monde extérieur et de ses propres souvenirs, comme si affronter le quotidien, les relations, ou certains événements douloureux devenait trop lourd. Cet « oubli » serait une forme de protection inconsciente, visant à éviter la souffrance ou à fuir une réalité qui n’est plus acceptable.
Une déconnection du passé et des émotions non résolues :
Le cerveau efface petit à petit l’histoire personnelle et les repères, ce qui pourrait symboliquement refléter l’incapacité ou le refus de traiter des blessures émotionnelles anciennes, des ressentiments, des regrets, ou des traumatismes. Le manque de cohérence des souvenirs permettrait d’échapper à des sentiments difficiles, mais au prix d’une perte progressive de l’identité.
Un besoin de libération intérieure :
Selon Jacques Martel, les maladies — dont l’Alzheimer — peuvent être des signaux d’un besoin profond de transformation, de libération des mémoires cellulaires et des schémas de pensée pesants. L’« oubli » devient alors une métaphore d’un appel intérieur à se dépouiller de tout ce qui est devenu trop douloureux, pour peut-être renaître à un autre niveau de conscience (même si, dans la réalité, cela se manifeste de façon très destructrice).
Une invitation pour l’entourage :
Comme pour d’autres interprétations métaphysiques, cette approche ne s’applique pas seulement à la personne atteinte, mais aussi à ses proches. La maladie d’Alzheimer, dans cette perspective, pourrait inciter l’entourage à développer davantage de compassion, de patience, de compréhension, et d’amour inconditionnel. L’expérience pourrait être vue comme un « contrat d’âme » où chacun apprend de l’autre par le biais des difficultés.
En résumé, la maladie d’Alzheimer peut être vue comme un retrait progressif de la réalité, où l’oubli constitue une protection inconsciente contre des souffrances émotionnelles non résolues. Ce processus symboliserait un besoin de libération intérieure et de déconstruction de schémas mentaux lourds, représentant ainsi une forme de purification sur le plan métaphysique.
Expérience personnelle
J’ai travaillé 2 ans pour la Société Alzheimer comme accompagnante. J’ai vu comment cette Société se heurtait au système de santé. Leurs efforts pour faire évoluer les mentalités étaient héroïques mais souvent en vains. J’ai quitté par impuissance et frustration de voir ce qui se passe dans les CHSLD (centre hospitalier de soins longues durées) après une prise en charge par le système. La maladie d’Alzheimer n’est certainement pas bien comprise et le personnel n’a évidemment pas le temps pour aider les personnes atteintes; parce que ça prend du temps. Du temps pour comprendre, pour s’adapter, pour évoluer; ouvrir notre pensée à d’autres façons de faire. Ça prend BEAUCOUP de patience et de bienveillance. Or avec un personnel souvent épuisé dans ces établissements, les personnes atteintes dégradent très rapidement dès qu’elles y sont placées. Perte de repères (ce n’est pas leur milieu de vie), ajout de médicaments car elles sont plus agitées (!) parce que perte de repères (voyez le cercle vicieux), infantilisation (bavette et couche), mesures de contention, enfermement (elle ne peuvent plus sortir seule à l’extérieur alors si personne ne vient les visiter, elles sont confinées dans leur chambre et si elles sont chanceuses, elles auront un bout de corridor pour marcher). Vous pensez que j’exagère? Entre ce qu’on dit à la famille, ce que la famille voit pendant les quelques heures de présence par semaine (rare sont les familles qui viennent à tous les jours, ni même à toutes les semaines), et entre ce qui se passe en coulisse à l’abri des regards; il y a tout un monde! La violence dans ces centres de soins n’est pas qu’une donnée aux nouvelles, elle est bien réelle et les personnes atteintes d’Alzheimer sont encore plus vulnérables car elles ne pourront pas témoigner de ce qu’elles subissent.
Or garder une personne atteinte chez soi, est un défi énorme. Il faut être vraiment décidé, car les rôles sont inversés : vous êtes le parent et vous devez vous lever la nuit, parfois toutes les nuits. Mais c’est réalisable, ça aussi je l’ai vu. Ça prend beaucoup d’amour, mais ça permet d’offrir une fin de vie décente à la personne atteinte. Ça prend aussi du répit, donc un budget qui le permet.
Ma suggestion si la personne n’habite pas avec vous :
Mettez des caméras.
Magasiner les lieux de vie.
Demander à faire un court séjour si possible.
Questionner et partager vos inquiétudes.
Ne faites pas toutes vos visites à heures et jours fixes (le personnel ne doit pas savoir quand sera la prochaine visite surprise).
Ma suggestion si la personne habite avec vous :
Considérez-vous comme une amie redevante.
Ne vous accrochez pas au rôle que vous aviez avant.
N’annoncez pas, à la personne atteinte, les activités à l’avance (« on va aller prendre une tisane en ville » n’est pas le moment présent, c’est le futur). Cela est insécurisant car les concepts s’effacent (c’est quoi la ville?)
Mettez-vous sur la fréquence du cœur :)