Rechercher la propriété médicinale avant la plante
Face à la grande diversité des plantes disponibles et à la multiplication des informations parfois contradictoires, il devient essentiel d'adopter une démarche réfléchie. Choisir une plante médicinale ne devrait jamais se faire au hasard. La première étape consiste à déterminer précisément la propriété médicinale recherchée, avant même de sélectionner une plante. Par exemple, ai-je besoin de calmer mon système nerveux ou de le soutenir? Ai-je besoin d’une plante digestive ou antispasmodique? D’un anti-inflammatoire ou d’un analgésique?
Cette clarification permet non seulement d'optimiser les bienfaits thérapeutiques, mais aussi de réduire les risques liés à une mauvaise utilisation des plantes médicinales. Elle constitue la base d'une approche sensée et responsable, afin de trouver une ou des plantes qui sauront répondre adéquatement à notre besoin.
Une propriété médicinale correspond à l'effet principal qu'une plante peut exercer sur l'organisme. Ces propriétés sont le résultat de composés actifs naturellement présents dans les feuilles, les racines, les fleurs ou les graines. Parmi les plus courantes, et pour n’en nommer que quelques-unes, on retrouve les propriétés anti-inflammatoire, digestive, calmante, sédative, antispasmodique, antiseptique, tonifiante, immunostimulante ou encore adaptogène.
Il n’est toutefois pas nécessaire de connaître les principes actifs moléculaires pour rechercher la bonne propriété.
Par exemple, si une personne expérimente des troubles digestifs récurrents, elle peut identifier la nature de son inconfort. S'agit-il de ballonnements (propriété carminative), de crampes abdominales (antispasmodique), de lenteur digestive (plantes amères) ou d'acidité gastrique (protectrice de muqueuse)? Chaque situation appelle des propriétés différentes. Sans cette analyse préalable, le choix de la plante risque d'être inefficace, voire contre-productif.
En revanche, après un repas trop lourd, on peut rechercher de façon plus vaste une action digestive, mais au lieu de penser « Ai-je de la menthe poivrée ? », on peut se demander « Ai-je une plante amère, carminative ou encore aromatique sous la main? » Ce qui élargi notre choix de plantes sans dévier de notre objectif. Donc, sans menthe poivrée, on peut facilement se tourner vers notre armoire à fines herbes et épices (basilic, thym, coriandre, cumin, cannelle, etc.) et faire une infusion avec l’une ou l’autre, car les plantes aromatiques contiennent des huiles essentielles qui stimulent les sécrétions digestives (salive, sucs gastriques, bile) ce qui aide à décomposer les aliments et apaiser le système digestif.
NOTEZ bien : il est question ici de consommation de plantes entières ou de parties de plantes contenant des huiles essentielles et non de consommation d'huiles essentielles pures. La prise d'huiles essentielles par voie interne doit se faire uniquement sous recommandation d'un aromathérapeute certifié.
Voici les principales catégories de propriétés médicinales:
Les propriétés anti-inflammatoires
Les plantes anti-inflammatoires sont recherchées pour soulager les douleurs articulaires, musculaires ou les inflammations chroniques. Elles agissent en réduisant les processus inflammatoires responsables de la douleur et de l'enflure. Ces plantes sont souvent utilisées en cas d'arthrite, de tendinites ou de douleurs après blessures.
Exemple pratique : Une personne souffrant de douleurs articulaires liées à l'âge, privilégiera les plantes reconnues pour leurs effets anti-inflammatoires plutôt que des plantes simplement analgésiques; ce qui permettra de cibler la source de la douleur (inflammation des tissus entourant les articulations). Réduisant, par le fait même, le gonflement et la raideur qui limitent la mobilité. Cela a été observé cliniquement avec des plantes anti-inflammatoires comme le curcuma, mais aussi le gingembre, la grande camomille, la reine des prés, la scrofulaire, la griffe du diable, le cassis, l’ortie et l’actée à grappe noire.
Les propriétés sédatives et calmantes
Les plantes sédatives et calmantes sont particulièrement utiles pour les troubles du sommeil, l'anxiété ou le stress. Elles favorisent la relaxation du système nerveux et aident à rétablir un état de calme propice au repos.
Il est toutefois intéressant de nuancer l’approche avec ces dernières. Ce ne sont pas toutes les plantes calmantes qui agissent de la même façon. Par exemple, pour une personne souffrant d'insomnie due au stress professionnel, il est préférable d'orienter son choix vers des plantes toniques, mais relaxantes que l’on appelle communément « nervin tonique » plutôt que des sédatives. L'ashwagandha, le gotu kola, le ginseng américain ou la camomille en sont de bons exemples. Ces plantes sont à prendre pendant la journée pour moduler les hormones de stress, et calmer l’hyperactivation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA). Cet axe est perturbé lors de stress en continu, il est donc préférable de prendre des plantes qui vont le soutenir, plutôt que d’opter pour des plantes purement somnifères. On pense à la valériane, la passiflore ou le houblon qui sont sédatives, mais qui pourraient se voir inefficace, au moment du coucher, si le stress est trop élevé à ce moment de la journée.
Les propriétés digestives
Les plantes digestives regroupent plusieurs sous-catégories (amer, antiacide, anti-nauséeux, hépatique, cholérétique, laxatif, vermifuge, etc.) dépendamment de la partie visée (bouche, œsophage, estomac, foie, intestins). Un diagnostic médical est toujours bienvenu pour connaître la cause si celle-ci nous échappe.
Il se peut que la cause requière non pas une plante, mais un changement d’habitude de vie ou d’alimentation. Par exemple, une personne souffrant de ballonnements après les repas bénéficiera davantage de plantes carminatives (fenouil, anis vert, cumin, coriandre, girofle, etc.) qui favorisent l'expulsion des gaz intestinaux, diminuent les ballonnements et relâchent les tensions abdominales, plutôt que des analgésiques, qui masqueraient la douleur sans traiter la cause réelle qui est l'accumulation de gaz intestinaux. Cependant, les carminatives ne seront qu’un pansement sur le bobo si la cause initiale est une intolérance alimentaire.
Les propriétés tonifiantes et adaptogènes
Les plantes tonifiantes soutiennent l'organisme en période de fatigue (ortie, avoine fleurie, scutellaire, trèfle rouge, verveine, etc.), tandis que les plantes adaptogènes aident à prolonger la phase de résistance au stress et à en diminuer les dommages. Certaines plantes reviennent dans cette catégorie comme l’ortie et l’avoine fleurie.
Notez bien : En période de surmenage, choisir une plante adaptogène comme le schisandra, rhodiola, ginseng sibérien, basilic sacré ou ashwagandha, qui va soutenir tout l’organisme, est plus pertinent que choisir une plante excitante comme le thé noir, le café ou le cacao pour « tenir le coup », car ces dernières pourraient non seulement aggraver l’épuisement à moyen et long terme, mais également nuire à notre sommeil.
Les propriétés immunostimulantes
Ces plantes sont particulièrement populaires en accompagnement des infections saisonnières.
Ici encore, il y a des particularités à saisir entre les toniques immunitaires comme le reishi et l’astragale, et les stimulantes immunitaires comme l’échinacée ou l’andrographis. Les premières s’utilisent en prévention (automne-hiver) et les dernières en période d’infection (période courte), car prendre des plantes stimulantes immunitaires tout l'hiver pourrait sur-stimuler un système immunitaire déjà fragilisé, d'où l'importance des toniques immunitaires en prévention.
Comprendre ces multiples propriétés permet d'éviter une approche vague ou imprécise. Dire que l'on cherche une « plante pour aller mieux » est trop général. En revanche, identifier un besoin précis — calmer une inflammation, améliorer la digestion, favoriser le retour au calme — oriente immédiatement vers une catégorie de plantes adaptées.
Le plus merveilleux dans tout ça est que chaque plante possède un profil spécifique, unique, qui peut comprendre plusieurs propriétés. Par exemple, le curcuma est à la fois antioxydant, anti-inflammatoire et hépato protecteur. Le fenouil est à la fois carminatif, aromatique et antispasmodique. La camomille possède à elle seule plus d'une quinzaine de propriétés médicinales reconnues.
Attention : il est important de tenir compte des contre-indications et interactions avant de consommer une plante.
Il est en effet crucial de prendre en compte les contre-indications et les interactions possibles avec les médicaments prescrit (ou en vente libre), ainsi que les conditions de santé, sinon tous ces efforts peuvent se voir anéantis. Une interaction plante-médicament est une modification de l'effet d'un médicament (à la hausse ou à la baisse) causée par la prise simultanée de plantes, de suppléments ou d’aliments.
Alors voici une démarche méthodique pour être plus serein face aux nombreux choix qui s’offre à nous:
1) Identifier clairement le besoin
2) Déterminer la propriété médicinale la plus appropriée
3) Choisir une plante correspondant à la propriété recherchée
4) Vérifier les contre-indications et interactions potentielles avec cette plante
Cette approche évite les erreurs fréquentes comme l'utilisation de plantes inadaptées ou la multiplication inutile de remèdes. Elle favorise également une meilleure compréhension de l'action des plantes sur l'organisme, renforçant ainsi l'autonomie et la responsabilité de l'utilisateur.
Se souvenir aussi que chaque individu est différent : un même symptôme peut avoir des causes variées et nécessiter des approches distinctes, selon la personne qui le vit, et ce, même parmi les membres d’une même famille. Définir clairement le problème ressenti permet de cibler les effets thérapeutiques les plus pertinents et propre à soi.
En somme, l'identification précise des propriétés recherchées transforme l'usage des plantes médicinales en une pratique réfléchie, cohérente et respectueuse du corps. Elle constitue la clé d'une phytothérapie responsable, durable et réellement bénéfique