Entre ce qu’on avale et ce qu’on absorbe, il…
Quand on pense aux plantes médicinales, on pense souvent à leurs vertus: calmer, tonifier, protéger, soulager, renforcer, etc… Mais une question essentielle se cache derrière tout ça : est-ce que notre corps est capable d’absorber ce que la plante nous offre? Parce qu’au final on peut bien avaler les meilleurs plantes; les plus belles et fraîchement séchées; dans les meilleures conditions, etc. si notre capacité d’absorption est trop basse ou inadéquate, nous n’aurons que très peu de bienfaits.
…Autrement dit il y a ce qu’on ingère d’un côté et ce que le corps est capable d’utiliser de l’autre côté.
Imaginez une tisane que vous buvez… Elle passe par la bouche, descend dans l’œsophage jusque dans l’estomac, puis traverse l’intestin grêle qui est la porte principale, avec ses millions de petites villosités. Cette partie de l’intestin capte les molécules pour les faire passer dans le sang. Ensuite, le foie filtre, modifie, parfois même active ou désactive certains composés.
Donc, l’absorption, ce n’est pas un acte simple : c’est tout un voyage, avec des étapes, des obstacles et des clés qui ouvrent les portes.
Voici ce qui influence l’absorption, AVANT l’ingestion:
1. La forme. Une tisane, une teinture, une poudre, une gélule… chacune libère les principes actifs différemment. Une infusion de camomille, par exemple, est très efficace, car ses molécules sont hydrosolubles. Mais pour la valériane, c’est souvent la teinture qui donne le meilleur résultat. L’orme rouge sera plus efficace en poudre, alors que l’onagre (huile) se trouve principalement en gélule.
2. La nature des molécules. Certaines aiment l’eau, d’autres préfèrent les graisses. Le curcuma, par exemple, est lipophile : il s’absorbe mieux avec un peu d’huile… et encore mieux quand on l’associe à la pipérine du poivre. Certaines encore nécessitent le chaud et d’autres le froid. L’ail chauffé (cuit), par exemple, a très peu d’effet antimicrobien, voir pas du tout, car la chaleur détruit l’enzyme nécessaire à la formation de son composé actif.
3. Le procédé de transformation. Certaines plantes doivent passer par un procédé spécial ou précis pour donner leurs effets. Prenons l’exemple du millepertuis chez qui, l’hypericine (molécule ayant un effet antiviral) doit être exposé à la lumière (mais pas la chaleur) pour être activée. La prêle est riche en silice, mais pour qu’on y aille accès, elle doit être exposée à la chaleur prolongée (décoction) ; ce n’est pas une question d’activation mais de biodisponibilité.
En herboristerie, on apprend vite à utiliser le bon solvant ou la bonne forme; c’est de cette façon qu’on obtient des vertus thérapeutiques, alors je vous ai mis un tableau des particularités à la fin ;)
Puis ce qui influence l’absorption, APRÈS l’ingestion:
(si vous êtes découragée juste à lire les premiers points ci-dessous, parce que
votre digestion n’est pas top top, allez lire plus bas Façon d’améliorer sa capacité d’absorption ;))
L’état de la muqueuse digestive (muqueuse = paroi interne du tube digestif): une muqueuse saine, bien irriguée et non enflammée favorise le passage optimal des nutriments et des composés actifs vers la circulation. À l’inverse, une muqueuse altérée peut freiner ou perturber cette absorption.
La présence d’enzymes digestives : une production adéquate d’enzymes (salivaires, gastriques, pancréatiques) conditionne la dégradation correcte des aliments et des plantes, étape essentielle avant toute absorption.
Le pH digestif : l’acidité gastrique et le pH intestinal influencent la solubilité et la stabilité de nombreuses molécules, donc leur passage à travers la barrière intestinale.
La santé du microbiote : le microbiote participe à la transformation de certaines molécules et peut en améliorer - ou en diminuer - la biodisponibilité. Son équilibre joue donc un rôle clé dans l’assimilation.
L’âge : avec l’âge, les capacités digestives et enzymatiques peuvent évoluer, influençant la vitesse et l’efficacité de l’absorption.
Le métabolisme : chaque individu métabolise les substances à son propre rythme, ce qui conditionne la manière dont elles sont transformées, utilisées ou éliminées par l’organisme.
Le transit intestinal : un transit trop rapide peut limiter le temps de contact avec la muqueuse (donc l’absorption), tandis qu’un transit trop lent peut altérer certaines molécules ou irriter la paroi.
Les interactions entre substances : la présence simultanée d’aliments, de plantes, de médicaments ou de suppléments peut favoriser ou inhiber l’absorption de certains composés.
Attention : absorption ne veut pas dire efficacité automatique; chaque organisme est unique : ce qui marche pour l’un, marche différemment pour l’autre.
Voici quelques façons d’améliorer sa capacité d’absorption:
L’axe bidirectionnel vous connaissez? Ce n’est pas la première fois que j’en parle; je trouve ce sujet fascinant. Nos pensées influencent notre microbiote et notre microbiote influence nos pensées (c’est documenté scientifiquement ;)
Ce n’est pas de se dire “Je suis belle, je suis bonne, je suis capable”, mais plutôt de se donner de l’empathie pour la personne que je suis; comme je suis.
Ressentir la joie, se créer des points d’ancrage (beaux souvenirs, souvenirs joyeux),
surveiller (demande un effort) et ajuster ses pensées (pleine conscience, recadrage cognitif, gratitude, etc.) réduit l’activation chronique du stress.
Or, le stress chronique augmente le cortisol, altère la muqueuse intestinale, perturbe le microbiote et favorise l’inflammation.
En diminuant ce stress, on crée un terrain physiologique plus favorable:
meilleure motricité digestive
meilleure sécrétion enzymatique
environnement plus stable pour le microbiote
baisse des marqueurs inflammatoires
Tout ce qui peut réduire le stress est favorable, encore faut-il être conscient du stress qu’on vit. Et agir sur celui qu’on peut réduire. Je ne peux pas empêcher mon voisin de renover à grand coup de pelle dès 7 heures le matin, ni le coq de chanter dès 5h45, mais je peux changer mon attitude face à cette situation (transformer les défis en opportunité; devenir créatif).
OU
Ne pas prendre de chance et rire! Le rire libère des hormones comme les endorphines et la dopamine (effet antidouleur, bien-être), il stimule le système immunitaire et digestif, tout en réduisant le stress. Il active aussi plus de 400 muscles, procurant une détente physique, et ce, MÊME SI le rire est forcé volontairement (comme avec le yoga du rire par exemple). De toute façon un rire forcé devient souvent un rire vrai après quelques secondes ;)
Voilà quelques pistes pour aider le corps à retirer le plein potentiel des plantes! :)
Notez bien: Les plantes à “minéraux” (ortie, framboisier, trèfle rouge, avoine fleurie) sont mieux extraites dans l’eau ou le vinaigre de cidre de pomme (plutôt que l’alcool). Les champignons médicinaux sont réellement médicinaux après une extraction aqueuse (eau + chaleur).